ASTROPHYTUM MYRIOSTIGMA (LEMAIRE)

Le genre Astrophytum a été créé en 1839 par Lemaire pour classer cette plante nouvellement découverte qui ne semblait se rapprocher d'aucune autre espèce déjà connue (par la suite on changera d'avis).

Les prospections et investigations qui suivirent (pendant plus d'un siècle!) ont enrichi ce genre qui compte aujourd'hui 4 espèces valides 'in current usage' (H. Bravo-Hollis & H. Sanchez-Mejorada, D. Hunt 1992) :

bulletA. asterias décrit pour la première fois en 1845 par Zuccarini,
bullet A. capricorne décrit pour la première fois en 1851 par Dietrich,
bullet A. myriostigma décrit pour la première fois en 1839 par Lemaire,
bullet A. ornatum décrit pour la première fois en 1828 (!) par De Candolle

Les caractéristiques fondamentales du genre sont :

bullet les fleurs apicales, rotacées présentant des écailles aciculées sur le tube floral,
bullet les graines en forme de coquille, l'embryon occupant 50 % du volume inclus dans le testa (comme tous les Frailea, les Gymnocalycium sous-genre Trichosemineum et certains Submatucana)

Il faut noter que :

bullet l'absence d'épines, qui a conduit Lemaire à créer ce genre, n'est actuellement plus du tout une caractéristique nécessaire de toutes ces espèces,
bullet le phénomène de convergence de la forme des graines; en effet le dernier ancêtre commun aux 4 genres cités ci-dessus n'avait pas de graines en forme de coquille comme le montre la discontinuité géographique et phylogénétique de ce caractère.

Ce n'est qu'en 1932 que le nom A. myriostigma (littéralement plante en forme d'étoile aux milles points) s'impose définitivement, mettant fin à une longue période de domination du genre Echinocactus.

A. myriostigma est une espèce typiquement mexicaine, elle se développe dans les états de San Luis Potosi , Tamaulipas, Nuevo Leon et Coahuila. Le diamètre de son aire de répartition est d'environ 200 Km. Cette grande aire de répartition a donné naissance à de nombreuses formes locales. Les variations concernent principalement :

bullet le nombre de côtes , qui varie de 4 à 7/8, (v. quadricostatum à 4 côtes, ssp potosinum jusqu'à 7 côtes)
bullet la forme des côtes , aiguë ou arrondie, (v. strongylogonum à les côtes arrondies)
bullet la forme de la plante, globuleuse ou colonnaire, (v. columnaris et f. coahuilense deviennent colonnaires avec l'âge)
bullet la ponctuation de l'épiderme, présente ou absente, (v. nudus n'a pas de ponctuation, f. coahuilense a une ponctuation plus sombre)
bullet la coloration du centre de la fleur, jaune ou rouge, (f. coahuilense a une fleur à gorge rouge)

Dans l'état des San Luis Potosi les biotopes d'A. myriostigma sont exclusivement les pentes ensoleillées des collines calcaires entre 1 000 et 2000 m d'altitude où la saison des pluies se situe en été. Les jeunes plantes s'installent dans les fentes des rochers où leur mimétisme les rend peu visibles (même si on ne le croit pas...). Elles poussent dans les débris végétaux accumulés dans les fissures et vivent souvent en compagnie de mousses lichens et fougères. Les plantes sont très variables, même parmi les sujets d'une localité limitée. J'ai ainsi trouvé des spécimens à 7 côtes poussant dans la même fissure que d'autres à 5 côtes et sur un autre site un unique spécimen sans ponctuation au milieu d'une population uniformement ponctuée. Avec le temps la niche écologique de certains individus change ; j'ai vu un A. myriostigma qui était devenu géant (7 côtes à 30 cm de diamètre) parce qu'une touffe de broméliacées était venue s'installer dans sa fissure et lui avait fourni une abondante source de nourriture.

Sur les mêmes sites, autour de El Huizache vivent de nombreuses autres espèces de cactées :

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Mammillaria candida dans les mêmes niches écologiques, Mammillaria microthele,

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Thelocactus tulensis et hexaedrophorus (dans les zones argileuses),

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Ferocactus pilosus (zones planes argileuses),

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Echinocactus ingens (partout),

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Echinofossulocactus sp. (dans les zones argileuses),

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Coryphantha cornifera (zones planes argileuses en bas des collines),

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Turbinicarpus sp. (zones en pente),

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Echinocactus horizonthalonius (zones planes argileuses en bas des collines),

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Neolloydia conoidea, pulleineana, matehualensis (zones planes humifères en haut des collines),

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Lophophora williamsii (zones planes argileuses en bas des collines),

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Leuchtenbergia principis (zones planes argileuses en bas des collines).

Dans sa liste de numéros A. B. Lau fait quelques commentaires sur les sites où il a collecté A. myriostigma :

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Las Tablas, San Luis Potosi, région de salines asséchées (L 727, 1400 m),

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Villar, San Luis Potosi, dans des graviers souvent sous des buissons bas, en lumière diffuse (L 728, 1500 m, V. strongylogonum),

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Miquihuana, Tamaulipas dans un sol argileux (L 1024, 1900 m, v. columnare),

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Santa Rita, San Luis Potosi, entre les rochers, terrain environnant argileux (L 1183, 1600-1800 m, v. nudum),

Il me semble que les propriétés du sol qu'il mentionne sont celles du sol proprement dit et non des niches écologiques où vivent les A. myriostigma.

Cette espèce est auto-stérile, la floraison a lieu pendant toute la période de croissance, les fleurs sont pollinisées par les insectes, les graines sont principalement disséminées par les fourmis. Elles germent très vite lorsque les conditions sont favorables (4 à 20 jours), la croissances des jeunes plantes est rapide. Les plantules ont parfois un petit aiguillon par aréole ; cet aiguillon disparaîtra par la suite. Pendant la première année les plantules d'A. myriostigma v. quadricostatum ont facilement tendance à retourner à la forme typique à cinq côtes (c'est génétique, il n'y a rien à faire... ).

A l'état spontané cette espèce ne me semble pas réellement menacée. II est clair que les beaux spécimens sont étrangement plus rares que les autres, mais compte tenu de la floraison à un stade précoce, la faible moyenne d'âge de la plupart des populations que j'ai pu observer dans l'état de San Luis Potosi n'est pas inquiétante à moyen terme. Ce n'est sans doute pas le cas dans d'autres états comme le Tamaulipas ou l'Administration locale a classée l'espèce "en danger".

En culture A. myristigma ne présente pas de difficultés particulières. Son succès lui a valu de nombreux hybrides (volontaires ou non) avec toutes les autres espèces du genre (je ne lui connais pas d'hybrides inter-générique). Quelques mutations récentes sont très originales, elles ont surtout pour objet la disposition des ponctuations en motif assez remarquables ou la présence de nombreux rejets chez cette espèce qui n'en forme normalement pas du tout. L'un des plus connus est celui de la nurserie de Gil Tegelberg aux Etats-Unis, cet A. myriostigma fait plus de 80 cm de haut avec une cinquantaine de têtes, lors de la floraison c'est un véritable bouquet de fleurs.

Aymeric de BARMON
membre de la Société Succulentophile de l'Est Francilien (S.S.F.)
16 rue Charles Pathé
94300 VINCENNES, FRANCE